Réflexions sur les CleanUp day

La responsabilité du consommateur vis à vis de la production de déchet est bien trompeuse. Elle ne vient pas sur son dos par hasard. L’industriel qui produit le déchet a aussi une responsabilité, en fait, la principale. Par exemple, un fabriquant de bière peut soit organiser le système de collecte, de lavage et de réemploi de ses contenants, les bouteilles en verre. La brasserie Météor le fait en Alsace depuis plus de 50 ans. Soit, comme les fabricants de boissons sucrées, produire des contenant à usage unique, les destiner à être jetés, et se débarrasser en même temps de sa responsabilité vis à vis de ces emballages, en cotisant à un fond de financement de soit-disant élimination des déchets :

En fait, ces cotisations ne couvrent qu’à peu près 3% des dépenses liées aux déchets : collecte, tri éventuel, recyclage, mise en décharge. Les 97% restants sont à la charge de la collectivité, donc du contribuable au travers de la taxe des ordures ménagères. Au passage, ce logo ne veut pas du tout dire que la bouteille en question est recyclable. Il veut juste dire que le fabricant cotise.

Il est frappant de noter que les campagnes de communication comme celles Keep America Beautiful KAB.org , sont financées depuis les années 1950 par les industriels de l’agroalimentaire, ceux-là même qui produisent ces déchets et les mettent sur le marché par millions de tonnes. Cet organisme enrôle des bénévoles dans des campagnes volontaires de nettoyage des bords de routes, jouant sur une corde civique. Il publie des rapports, qu’il présente comme des études, en réalité les brutes statistiques de ramassage, insistant bien sur l’incivisme des personnes qui ont abandonnés ces résidus (les leurs, en fait) sur l’espace publique. Ces études se gardent bien de tirer une quelconque analyse systémique ou la moindre piste d’action. Surtout ne rien changer à la production de ces déchets. Le slogan de la publicité du crying indian était :

“People Start Pollution. People can stop it.”

Accent tonique sur : people. Les gens, c’est LES GENS, je vous dis ! Pas moi le producteur, l’industriel qui produis ces déchets par millions de tonnes et génère des milliards de profit laissant la société assumer les déchets que je produis. Pas moi. Eux, LES GENS !

Pour faire porter la responsabilité au consommateur et ainsi dédouaner le producteur, bravo, comme slogan, c’est bien trouvé !! Culpabilisant à mort !

Les Clean-Up days partagent cette même vision du déchet: le déchet gêne parce qu’il est visible, qu’il n’est pas à sa bonne place, davantage que parce qu’il existe. Il s’agit de l’ôter des bords de route, des plages, dans un élan civique, et de le replacer dans des sacs, des conteneurs, des décharges. Ayant pour effet de l’ôter à notre vue, il s’ôte aussi à notre conscience, nous l’oublions. Ces campagnes peinent à remettre en cause l’existence même des déchets, et peinent à initier les modes consommation et de production à l’origine des montagnes de déchets générés chaque jour par nos sociétés surconsommatrices, alors que ces changements semblent pourtant absolument nécessaires pour stopper l’empoisonnement progressif des sols, rivières, océans, et atmosphère.

Les Clean-up days ont pourtant quelques vertus: nettoyer les plages et cours d’eau n’est pas vain. Ramasser les mégots, dont les filtres sont fait de matières plastiques quasi-éternelles, saturés de goudrons cangérogènes, reste une tâche sysiphienne. Mais sont-il avant tout le responsabilité des fumeurs ou des cigarettiers? Quand moi non-fumeur ramasse des mégots sur la plage, ça me fait profondément suer, et je maudis les deux.

Les actions collectives ont aussi vertu éducative. Si elle faisaient prendre conscience :

  • que chaque déchet a été acheté, par un consommateur, donc choisi, et même payé
  • qu’en choisissant un produit à acheter, le consommateur choisit le déchet qui sera généré : résidus, emballages, fin de vie…
  • que ce faisant, il envoie un message au producteur du produit: tes produits générant tel ou tel déchet, je ne les achète pas.

Pour transmuter la responsabilité passive et culpabilisatrice que certaines campagnes de comm des producteurs font porter au consommateur, celui-ci a bien un vrai pouvoir : celui de ne pas acheter (boycotter) les produits dont il ne veut pas assumer les déchets liés.

Un exemple simple que je pratique: les produits alimentaires emballés dans barquette polystyrène, je boycotte.


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