Comme vous savez, la gestion des déchets est une compétence de la Métropole. Chaque année, les conseils municipaux des 31 communes sont informés de ce rapport sur le Prix et la Qualité du Service Public. Les élus municipaux prennent acte, il n’y pas de débat ni de vote en tant que tel. C’est un document de 50 pages qui retrace le contexte et les actions de l’année, évalue la politique de déchets. Ce document inclut page 21 ce diagramme, censé illustré de façon synthétique les flux de déchets:

Le graphisme est indigent et cache quelques informations clés, auxquelles les élus sont en droit d’exiger qu’elles soient explicitées. Commençons par des éléments de terminologie:
- Recyclables secs = poubelles jaune
- OMR = Ordures Ménagères Résiduelles, poubelle grise
- Biodéchets = poubelle orange collectée en porte-à-porte. N’inclut pas les composteurs individuels de jardin, les composteurs en pied d’immeuble ni les composteurs collectifs
- Démeter = centre de tri des déchets issus de la poubelle jaune
- Autres papiers = papiers et cartons non valorisable en matière (souillés, détériorés) et donc incinérés, soit environ la moitié des papiers et cartons collectés dans la poubelle jaune
- Améthyst – usine de méthanisation. Elle inclut un Tri Mécano-Biologique TMB où les ordures sont hachées menues et criblées dans un grand cylindre en rotation. Améthyst dispose de 8 digesteurs où fermentent les déchets pendant 6 semaines en atmosphère anaérobie (sans oxygène). Le processus produit :
- un bio-méthane, un méthane d’origine biologique, par opposition au gaz naturel, méthane d’origine fossile. Ce gaz est brûlé dans un moteur à cogénération, pour produire d’une part de l’electricité, et d’autre part alimenter un circuit de chaleur urbain qui chauffe la clinique St Roch et le quartier des Grisettes.
- les digesteurs génèrent un compost avec plein de plastique, dit compost NFU44-051, de faible qualité et normalement impropre à utilisation en agriculture, bien que la rapport note que ce compost est épandu en agriculture dans un rayon de 60 km de Montpellier.
La présentation graphique du rapport est bien pauvre. Pour représenter ces flux, un diagramme de Sankey est indiqué. C’est un diagramme de flux, où les traits sont proportionnels à l’importance du flux, ici des tonnages en kilotonnes (kt) par an:

On voit déjà beaucoup mieux ce qui se passe. En qualitatif, c’est à dire comment les flux se branchent au cours de la collecte, traitement et valorisation. Et en quantitatif, c’est à dire par l’importance relative des différents flux, en milliers de tonnes par an.
Ce graphique fait apparaître plusieurs angles morts dans le rapport RPQS :
- Dans le document, le flux de sortie de Démeter (plastique 2164t, acier 560t, brique alim 198t etc…) s’élève à 16 667 tonnes, et ne correspond pas au flux d’entrée de 27 748 tonnes. C’est un centre de tri, pas d’incinération ni de combustion. Et bien la différence, c’est à dire 11 081 tonnes par an correspond en fait au refus de tri, c’est à dire aux ordures ménagères mélangées qui se retrouvent par erreur dans les bacs jaunes. Ce taux de refus est mentionné dans le texte du rapport, il atteint 35 %. On aimerait qu’il apparaisse clairement sur le diagramme de synthèse.
- Le rapport ne dit nulle part ce qui advient de ce refus : est-il injecté dans Améthyst avec le flux OMR ? En l’absence d’indication, nous conjecturons qu’il est enfoui directement, sans passer par Amthyst.
- Les flux d’entrée et sortie d’Améthyst ne correspondent pas. Il y a un déficit de 8 000 t en sortie, ce qui n’est pas rien. Nous pensons que la production de bio-méthane devrait apparaître, ce qui comble une partie (1/3) de ce déficit – flux méthane qui se décompose ensuite en deux formes d’énergie, électricité et chaleur. Nous l’estimons à 2800 t/an, à partir de la quantité d’énergie produite, citée dans le corps du texte : 21 010 MWh électriques, 9 717 MWh thermiques injectés dans le réseau de chaleur et 3 224 MWh de chaleur en auto-consommation, soit 33 951 MWh au total. Nous prenons 11 kWh/kg comme Pouvoir Calorifique Inférieur (PCI) de ce bio-méthane. Il reste tout de même un déficit inexpliqué de 5000 t dans le bilan massique d’Améthyst
- Notre graphique distingue deux flux de compost, un petit et un gros, qui passent tous deux dans l’usine Améthyst, mais dans des digesteurs séparés, donc qui ne se contaminent pas l’un l’autre. Cela est représenté par une production de compost de qualité, issue de la collecte en bac orange et d’activité commerciale (résidus de marchés…) et composté à part, pour un petit flux d’environ 1 700 t par an. Ce compost est de bonne qualité, sans plastique, et propre à une utilisation en agriculture – quoique pas un compost bio
- L’autre flux, beaucoup plus massif avec 35 000 tonnes est le résidu dans les digesteurs après compostage des OMR dans le méthaniseur. Comme ces matières sont issues des OMR, le compost contient une grande quantité de petits bouts de plastique, ce qui le rend impropre à l’utilisation en agriculture. Ce compost de mauvaise qualité répond à la norme NFU 44-051. Le rapport dit que ce compost est actuellement valorisé en agriculture dans un rayon de 60 km.
- La loi dite socle commun interdira à partir de 2027 d’épandre ce compost dans les champs, qui n’aura pas d’autre issue possible que d’être enfoui. Adieu donc la valorisation agricole de ces 35 000 t.
- La Métropole ne dispose pas d’incinérateur ni de site d’enfouissement. Tout le tonnage incinéré et enfoui 130 000 tonnes, doit donc être exporté par camion sur des territoires qui accueillent ces déchets (contre finance). Ce transport met 4 500 camions par an sur la route et coûte 19 M€ à la métropole.
- Le tri industriel des encombrants les destine à l’enfouissement et l’incinération. Le rapport n’indique pas dans quelle proportion. Nous conjecturons moitié-moitié.
- Les autres filières sont assez indépendantes les unes des autres et appellent peu de commentaire. Il y a beaucoup de verre dans les OMR, par défaut de tri, nous ne savons pas combien. Nous ne savons pas non plus si ce verre peut-être en partie redirigé vers la valorisation matière, ou si il est simplement enfoui.
- La partie incinéré ne donne pas lieu à de récupération énergétique dans la Métropole. Rappelons que l’incinération des OMR produit des dioxines, composés extrêmement dangereux pour la santé. Ces dioxines sont captées par les filtres qui épurent les fumées, et se retrouvent concentrées en Résidus d’Épuration Fumées d’Incinération d’Ordures Ménagères REFIOM. La combustion laisse comme sous-produit des matières minérales incombustibles, appelés Mâchefers d’Incinération d’OM, ou MIOM. Miam ! REFIOM et MIOM sont enfouis dans des sites pour déchets dangereux.
Ce diagramme, dit de Sankey, montre donc un peu mieux, de façon un peu plus pédagogique, synthétique, intelligible et exploitable les flux de déchets de la Métropole.
Ces flux sont extrêmement problématiques par leur ampleur, les pollutions irrémédiables qu’ils engendrent (comme partout ailleurs) et leur coût prohibitif, en hausse continue, bien plus élevés que dans les autres métropole françaises. Nous verrons dans un futur post quels prospectives peuvent être formulées pour traiter cette situation critique.
Rappelons depuis le décret Poubelle de 1883 obligeant à l’utilisation de la boite à ordure, le déchet, concept moderne, le déchet est ce que l’on cache, que l’on oublie. Malheureusement, les pollutions et les coût générés par nos déchets sautent violemment à nos figures de défenseur de l’environnement et de contribuables.


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