Depuis 2019, Montpellier n’a plus d’exutoire pour ses déchets. Ils sont donc exportés en 2023 vers six décharges et deux incinérateurs de la région Occitanie. Ces sites sont distant de 23 à 250 km de l’origine des déchets, l’usine de méthanisation Amétyst. Nos déchets font donc du tourisme.
Métropole en quête d’exutoire
De 2008 à 2019, les déchets à enfouir étaient enfouis à la décharge de Castries. Auparavant, à la décharge du Thôt, véritable colline artificielle érigée au bord de l’étang de l’Arnel, entre Lattes et Villeneuve. Cette colline accumule les déchets de Montpellier depuis les années 1960. La décharge est recouverte d’une couche de terre.

Photo satellite du Thot en 2006, vue en direction du nord-est. On voit le terrain d’aéro modélisme en bas à droite. On voit l’appendice nord de la colline (à gauche de l’image) encore actif à cette époque. Le mont au centre correspond aux déchets accumulés depuis les années 1960. Le terrain naturel est parfaitement plat à cet endroit, paysage de roselières en bord d’étang. On devine le cours serpentueux de la Mosson
Quand le Thot ferme en 2008, nos déchets vont remplir l’immense excavation de carrière à Castries

Décharge de Castries, photo satellite de 2011, premier casier actif, au milieu de l’image. La couleur terre du casier contraste avec le blanc pur de la carrière de calcaire, en haut de l’image. On devine le relief de la carrière, qui a excavé la colline très profondément, sur des dizaines de mètres. Les déchets remplissent le trou.

Cartographie des sites de traitement de déchets à proximité de Montpellier
Tourisme de poubelles
Depuis 2019, les déchets de la Métropole font donc du tourisme. Pour une meilleure information du public, et pour préparer les opinions à l’ouverture d’un incinérateur CSR à Garosud, le 7 mars 2024 la Métropole a publié cette carte de l’export des déchets en 2023.
Nous analysons ci-après les tenants et aboutissants de l’argumentation de la Métropole.
Cette infographie révèle des données qui à notre connaissance n’étaient pas publiques. en tout cas pas présentes dans les Rapport annuels sur le Prix et la Qualité du Service Public des déchets (RPQS) déchets soumis aux élus.
requête citoyenne : que cette information sur l’export des déchets soit désormais incluse dans les futurs RPQS.

On déduit ensuite les masses enfouies en décharge (70%) et incinérées (30%), et à quelle distance de Montpellier.
Déchets exportés pour être enfouis
| Enfoui | kt | km | kt.km |
| Montech | 5 | 290 | 1450 |
| Lavaur | 2,5 | 240 | 600 |
| Espira d’Agly | 9,5 | 150 | 1425 |
| Narbonne | 14 | 92 | 1288 |
| Montblanc | 13,7 | 55 | 753 |
| Bellegarde | 31 | 73 | 2245 |
| total | 75,45 | 7761 |
Déchets exportés pour être incinérés
| Incinéré | kt | km | kt.km |
| Calce | 7,4 | 160 | 1184 |
| Lunel-Viel | 22,5 | 24 | 540 |
| total | 29,9 | 1724 |
Nous sommes un peu parano, on a même vérifié les distances annoncées. Elles sont justes à 1,5% près, donc on garde ces chiffres. Entre parenthèses, on ne voit pas très bien à quoi correspond la distance cumulée annoncée de 800 000 km… Si quelqu’un à la Métropole peut nous éclairer sur cette estimation…
On voit que finalement, 75% de ce qui est incinéré l’est à Lunel-Viel, le plus proche incinérateur, et seulement 25 % est exporté à Calce dans les PO. Nous ne nous réjouissons pas que Montpellier doivent exporter ses déchets et nous avons bien conscience des impacts négatifs de ce transport. Mais nous cherchons ici à objectiver ces impacts et à les appréhender dans leurs justes proportions. Et ces proportions sont moindre que ce que l’on peut croire au premier abord.
Impact carbone
| Impact carbone | kt.km | t | émissions tCO2eq |
| enfoui (412 kg CO2eq/t) | 75 450 | 31 085 | |
| incinéré (374 kg CO2eq/t) | 29 900 | 11 182 | |
| transport (70 kg CO2eq/kt.km) | 9485 | 664 | |
| part des émissions ajoutées par le transport | 1,6% |
Les facteurs d’émissions sont pris de la base empreinte de l’Ademe
Impact financier
Coté coût financier, c’est bien plus en proportion : 10%
| Coûts | €/t | kt | M€ |
| Coût d’enfouissement | 80 | 75,45 | 6,0 |
| Taxe enfouissement (TGAP) | 61 | 75,45 | 4,6 |
| Coût incinération | 120 | 29,90 | 3,6 |
| Taxe incinération (TGAP) | 24 | 29,90 | 0,7 |
| €/t.km | kt.km | ||
| Coût transport | 0,18 | 9 485 | 1,7 |
| total | 16,6 | ||
| part du transport | 10% |
Le rapport de la Métropole mentionne un coût de 22 M€ pour 2023, en hausse à 26 M€ dans le budget prévisionnel 2024.

Avec 16,6 M€, nous n’y arrivons pas tout à fait. Il nous manque sans doute certains postes de coût. Quoi qu’il en soit, considérons les deux hypothèses:
- Coût total 16,6 M€, dont transport 10%
- Coût total 22,3 M €, dont transport 7,7%
Le transport n’est donc pas le poste principal du coût de l’export, et de loin, puisqu’il compte pour 10% ou moins. Le transport de déchets coûte cher. Mais finalement, les coûts d’enfouissement et d’incinération sont dix fois supérieurs aux coûts de transport.
Les émissions de GES liées au transport sont choquantes. Mais les émissions liées aux déchets eux-même sont 60 fois plus choquantes.
Considérer que la question actuelle des déchets de Montpellier Métropole se résume à diminuer drastiquement le coût de leur export est un pur leurre. Le vrai défi des déchets, c’est de les réduire. Réduire les déchets réduira mécaniquement le coût de leur transport. Réduire ou périr.

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