audition sur le CSR : débusquer les manipulations

Le 1er mars 2024, la Métropole a organisé une audition sur la filière CSR projetée à Montpellier. Le replay et la présentation sont ici. Nous débusquons dans cet article 6 éléments d’information sujets à caution, voire manipulatoires

Concentrons nous sur l’information clé, à savoir le scénario prospectif de la filière CSR. Ce diagramme représente le bilan matière de la filière CSR

Flux de matière prospectif, scénario CSR 2030, document 3M
  • 1 – l’excédent de combustible CSR de 7000 t n’apparaît pas en sortie du bilan matière. L’idée sous-jacente est sans doute que ce combustible serait destiné à être vendu à une autre chaudière CSR. Quoi qu’il en soit, ce tonnage doit absolument apparaitre dans le bilan de sortie. On ne peut pas présenter un bilan matière convainquant en gardant 7000 t sous le coude. Il faut donc inclure ce tonnage dans le tonnage de sortie. Les refus annoncés à 56 kt montent donc à 63 kt. (passons sur le fait que ce combustible de faible densité et faible pouvoir calorifique est invendable et coûteux à transporter)
  • 2- Le stabilisat de la partie fermentiscible comporte en effet environ moitié d’eau. C’est ce qu’on observe en sortie d’Ametyst actuellement. En revanche, on peut douter qu’on soit capable d’extraire cette eau en totalité. La paille sèche comporte 15% d’eau. Avez-vous déjà tenu en main un compost sec comme de la paille? Moi non. Ici, on veut sécher un compost comportant 50% d’eau, à moins de 4% d’eau ? Peu crédible, il faudrait qu’on nous explique comment on s’y prend. Quelque soit le procédé de séchage envisagé, centrifugation ou chauffage, il sera très énergivore. Il serait donc plus réaliste de prévoir un assèchement de 25% au lieu de 46%. Le stabilisat sort donc à 29 kt, et pas 18 kt. Il convient d’ajouter 11 kt aux refus, qui montent à 74 kt
  • 3- Le refus de l’atelier CSR est annoncé séché de 35 à 22 kt, donc en évacuant 13 kt d’eau. On se retrouve à dépenser de l’énergie pour ôter l’eau brumisée que l’on vient d’ajouter dans l’atelier CSR !! Hum hum 🤔. À nouveau, il semblerait plus raisonnable de compter que l’on parvient à ôter 25% de l’eau. La matière sortante est donc de 26 kt, et non pas de 22 kt. Les refus montent donc à 78 kt
  • 4- le scénario prend 103 kt d’OMR en entrée, comptant sur la diversion de 10 kt de compost par rapport à 2023, flux dûment noté avec un compost à 12 kt contre 2 kt actuellement, accompagné sans doute d’autres facteurs de réduction des OMR qui ne sont pas précisées et qui sont très vertueuses. Un scénario a bien le droit de prendre les hypothèses qui lui semble réaliste. Mais ce choix pose un problème de rigueur intellectuelle :

Comparer les refus CSR aux refus Ametyst

en présentant un bilan de sortie à 56 kt, le scénario CSR laisse à penser qu’il a réduit de moitié les refus, par rapport à la situation 2023 (refus 110 kt). C’est sans doute le message clé que cette slide essayait de faire passer. Mais il faut réfuter ce lien implicite : en réduisant les entrées, on réduit mécaniquement les sorties, ce qui invalide la comparaison avec le scénario actuel

Nous avons vu que le filière CSR

  • omet 7kt dans son bilan de sortie
  • ses hypothèses de séchage sont irréalistes
  • ces deux éléments nous conduisent à estimer les refus à 78 kt, et non pas 56 kt.

En choisissant un tonnage d’entrée de 103 kt en 2030 contre 127 kt en 2023, on a ôté 24 kt (23% de 103), par une séparation vertueuse des biodéchets. Si on veut comparer les refus 2030 de la filière CSR avec les refus 2023, il convient donc d’ajouter 23% aux refus 2030 (en première approximation, hypothèse de linéarité). Cela porterait donc les refus du scénario CSR 2030 à 96 kt. C’est ce chiffre qu’il faut retenir pour comparer la filière CSR à la filière Ametyst.

La filière CSR ne réalise qu’une réduction de 13% des refus, par rapport aux refus d’Ametyst. C’est ridiculement faible

Résumé en une image

Ceci est dû au fait que pour fabriquer du combustible CSR on enlève tout en amont : métaux, fermentiscible, PVC… On parvient à brûler un peu avec un PCI moyen, mais comme on a ôté beaucoup dans la préparation du combustible, tout nous reste sur les bras comme refus.

Si on suit le raisonnement selon lequel la filière CSR réduirait les refus de moitié, cela revient à attribuer à la filière CSR le mérite de la réduction du tonnage d’entrée de 127 à 103. Or ce mérite ne peut être attribué à la filière CSR mais plutôt à des actions de tri en amont, type mesures d’une politique zéro déchets. En mêlant les fruits des deux scénarios, on ne sait pas évaluer leurs mérites respectifs. On ne sait pas distinguer leurs effets respectifs sur la baisse des refus.

Pour une évaluation correcte des vertus de la filière CSR, il nous paraît donc plus juste d’évaluer les refus qu’elle génère en prenant le tonnage actuel comme tonnage d’entrée.

Flux de matières actuel, document 3M

Reprenons la liste des approximations du scénario CSR :

  • 5- la date annoncée est 2030, dans 5 ans, sachant que l’Ademe dit qu’il faut 10 ans pour mettre une filière en place. Le tempo envisagé est donc très optimiste. Comparez ce parti pris à celui qui dit : le zéro déchet c’est bien, mais ça prend du teeeeeemps !
  • 6- un combustible CSR est caractérisé par son plus haut pouvoir calorifique que les OMR indifférentiées enfournées dans un incinérateur classique UVE. La proportion de mâchefers d’une chaudière CSR est donc de seulement 5%, il y a peu de matière minérale et peu d’imbrulés solides. Or ici, avec 9 kt de mâchefers annoncés pour 45 kt de combustible en entrée, le taux de mâchefers est de 20%, une valeur proche d’un incinérateur classique dans lequel on brûle les OMR en tout venant, sans tri ou préparation préalable.

Ce chiffre est un aveu : cette installation est en fait un incinérateur à plastique, pas une chaudière CSR.

En conclusion

Le citoyen peut être choqué de voir autant d’approximations, de chiffres sujets à caution, voire de manipulations dans le document clé présenté par l’autorité politique (et cautionné par l’autorité technique), aux conseillers métropolitains dans le but d’emporter leur adhésion au projet.

On voit qu’un regard critique sur ce scénario change totalement la perspective. Et qu’en particulier, la filière CSR ne résout rien à la question de l’export des refus, qui ne baissent que de 13% par rapport aux refus de la filière actuelle en 2023.

Tout ça pour ça

PS: note sur l’énergie : quelle sera la part auto-consommée dans la filière CSR ? Saviez-vous par exemple qu’Ametyst auto-consomme 82% des 30 GWh qu’elle produit en un an ?

PPS: post post scriptum

Nous relevons après-coup deux coquilles dans le bilan matière actuel. Ils n’influent pas sur nos conclusions, mais montrent qu’il faut bien lire les diagrammes et ne pas se laisser emporter par les flèches :

  • le flux d’entrée déchetterie 71 000 t inclut toutes les matières réunies en collectes séparatives dans les déchetteries: métaux, gravats etc. Seulement 20 000 t d’encombrants de ce tonnage sont pris en compte dans le bilan – c’est régulier puisque les autres flux séparatifs n’influent pas sur le reste et ne sont pas des refus ennuyeux. Les inertes sont des refus, mais ils sont enfouis sur le territoire de la Métropole et ne posent pas de problèmes particuliers.
  • la collecte Demeter est annoncée ici à 31 kt, le RPQS dit 25 kt. Et seuls les 8000 t de refus jaune sont notées dans le suite du bilan, les 23 000 de valorisation matière (papier-carton, plastique, métaux…) ne figurent pas dans la suite du bilan. C’est régulier aussi, ce ne sont pas des refus.
  • Si on vouait faire preuve de pédagogie, on ferait des diagrammes justes, complets, exhaustifs

PPS post post… scriptum

Le RPQS de Sète donne les tonnages de déchets collectés par commune de l’agglo de Sète. Le RPQS de 3M ne donne que les tonnages globaux. La commune de Clapiers, par exemple, a demandé par le passé d’avoir l’information des tonnages collectés sur son territoire. Ils ne sont pas disponibles. 3M n’a pas de thermomètre, pas de mesure, pas d’évaluation fine de la collecte sur son territoire. Pourtant, toutes les bennes arrivant à Démeter et Ametyst sont pesées. Il semble qu’il ne faudrait pas grand chose pour faire remonter cette information dans un tableau de bord. Sans ce genre de mesure, les progrès d’une politique zéro-déchets ne peuvent être rendus visibles, les moyens ne peuvent être alloues efficacement. On ne peut pas piloter dans le noir.


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