Dans notre précédent article, nous soulignions à quel point le scénario CSR présenté le 1er mars aux élus Métropolitains nous semblait optimiste. Dans cet article, nous le mettons en image avec les hypothèses que nous avions détaillées, et nous le comparons au scénario zéro déchet voté à l’unanimité par le le conseil de Métropole en mars 2022
Avant de se jeter dans le bain : les diagrammes de Sankey représentent des flux, qui suivent des chemins entre des noeuds. La largeur des traits est proportionnelle à la valeur du flux représenté. Ces diagrammes permettent d’appréhender des situations complexes en un coup d’oeil par la représentation proportionnelle des grandeurs, permet de hiérarchiser les informations et d’accéder plus facilement à l’aspect quantitatif
Les diagrammes représentent des flux de déchets en milliers de tonnes.
On me dit souvent que ces diagrammes paraissent complexes. Gardons à l’esprit que c’est la réalité qui est complexe. La vertu de ces diagrammes c’est précisément d’appréhender cette complexité sans simplification excessive, sans dénaturer les phénomènes observés, en les rendant accessibles. Après quelques instants à lire le diagramme, on comprend assez vite la réalité sous-jacente qu’il représente. Ceux qui connaissent le travail de Négawatt reconnaîtront ce type de diagramme dans leur cas pour représenter le système énergétique de la France.
Actuel
Voici le flux actuel des déchets. Les données sont celles du rapport annuel (RPQS) sur l’année 2022, présenté aux élus pour information à l’automne 2023. Ces chiffres sont les chiffres de la Métropole

On voit apparaitre:
- Les 2000 t (en vrai 1800 t, on a arrondi au millier de tonne le plus proche) de biodéchets en collecte orange, compostés. Avant l’année 2020, ces 2000 t étaient reversées dans Amétyst
- La totalité de la poubelle grise qui entre à Ametyst et est traitée dans le tri mécano biologique (TMB)
- 2000 t de métaux extraits par le Tri Mécano Biologique
- Une petite moitié de la poubelle grise, fermentiscible, isolée par le TMB, qui entre dans les digesteurs pour méthanisation. Il en ressort 36 000 t de compost OMR. On reviendra dans un autre article au détail du bilan matière de la méthanisation Ametyst. Ce compost issu d’OMR contient beaucoup de petits bouts de plastique. En 2022, il a été épandu dans les champs à moins de 160 km de Montpellier. La loi dite du socle commun qui entre en vigueur en 2027, interdira l’épandage de compost de cette piètre qualité. Ces 36 000 t sont donc vouées à être enfouies, à s’ajouter aux refus, générant un coût de 10 millions d’euros supplémentaire pour la Métropole
- La collecte jaune est portée à l’usine de tri Demeter. Sur 28 000 tonnes annuelles, il en ressort 20 000 tonnes en valorisation matière sous forme de balles de carton, plastique, métaux. 8 000 tonnes sont du refus non valorisable qui est envoyé en incinération. Il s’agit de morceaux de moins de 5 cm, de sacs gris jetés dans les bacs jaunes, de bouteilles en verre, d’objets en plastiques type parapluie, jouets etc, qui se retrouvent dans le jaune par erreur de tri. C’est 30 à 35% du tonnage collecté, c’est énorme
- Les encombrants, issus d’une collecte porte-à-porte et des déchetteries, 30 000 t au total génèrent 5 000 t de valorisation matière, le reste part en refus
Scénario Zéro Déchet
Tel que voté, et avec les objectifs fixés par ses promoteurs, François Vasquez vice-président délégué aux déchets et Célia Serano, Déléguée à la Sensibilisation et la réduction des déchets :

- Les 20 000 t de déchet d’activités actuellement pris en charge par la collectivité sont sortis du bilan, ils n’apparaissent plus sur ce bilan
- Les biodéchets, traités en compostage sur place, en collecte par point d’apport volontaire PAV ou en composteurs de quartier récoltent 45 000 t. Des villes comme Milan ou Parme collectent environ 100 kg de biodéchets par habitant et par an. C’est cet exemple qui inspire l’objectif de Montpellier. S’entend que les cantines, restaurants, marchés, commerces en tous genre participent tous à ce circuit
- Les OMR résiduelles sont d’environ un quart ce que contient le bac gris actuellement, en gros textiles sanitaires et autres. Notons que les textiles sanitaires donnent lieu à des filières de recyclage expérimentales et ils se méthanisent.

| Part actuelle dans le bac gris | |
| textiles sanitaires (couches) | 13,8% |
| Combustibles non classés | 4,6% |
| Incombustibles non classés | 4,4% |
| Composites | 2,3% |
| total | 25,1 % de la masse actuelle du bac gris |
- Comme ce monde n’est pas parfait, considérons que 20 000 t resteront dans le bac gris malgré les efforts de tri. Restera donc environ 45 000 t d’OMR
- Comme dans ce scénario, les moyens sont mobilisés pour faciliter et inciter au tri, le tri citoyen s’améliore, les 8 000 t de refus de tri sélectif (verre…) tombent à 2 000 t (morceaux < 5cm), et les citoyens-trieurs divertissent 13 000 t supplémentaires de déchets valorisable de la poubelle grise vers le tri sélectif, portant la collecte jaune à 35 000 t.
- La modernisation des déchetteries, l’implantation des recycleries, la généralisation d’une culture du réemploi, permettent de valoriser 15 000 t, contre 5 000 t auparavant, ce qui porte la valorisation matière à 48 000 t, le double du scénario 2023. Ça, c’est du vrai bon pour modérer l’extraction de ressources.
Scénario CSR
Sur le modèle deux scénarios présentés ci-dessus. actuel et zéro déchets, nous mettons en graphique avec les mêmes règles de représentation et la même échelle, nos hypothèses sur le scénario CSR 2035. Oui, 2035, parce qu’une filière opérationnelle en 2030, on n’y croit pas. Comme on l’a vu dans un précédent article, ces hypothèses diffèrent sensiblement de celle présentées aux élus Métropolitains le 1er mars 2024 et notre article les justifiait point par point.
Principales caractéristiques de ce scénario
- les refus restent élevé
- la valorisation matière reste basse
- le collecte de biodéchet restera basse, au niveau actuel selon nous, parce que nous considérons que l’engagement de 3M dans la filière CSR bloquera toute velléité de mener une politique aux coudées franches avec des moyens humains et matériels conséquents, la filière engloutissant tous les moyens financiers
- de même, les refus du tri sélectif restent inchangés 8000 t de refus pour les mêmes motifs, hypothèse que la filière CSR empêchera un engagement fort dans une politique zéro déchet
- idem pour les encombrants, valorisation faible.

Notes:
- nous sortons 13 kt d’e séchage’eau sur les 48 kt de stabilisats, chiffre qui n’apparaît pas explicitement dans le diagramme, mais qui est reflété par le flux sortant plus faible qu’en entrée sur le noeud stabilisat
- idem sur le noeud séchage, nous sortons 10 kt de séchage sous forme d’eau. Pour ces deux postes, cela transcrit notre hypothèse de séchage enlevant un quart de la masse totale
Tout ça pour ça
Tout comme le scénario zéro déchet, ce diagramme illustre une prospective, c’est à dire une façon de voir l’avenir. Les deux sont cependant solidement étayées, comme nous l’avons montré.
Il est frappant de noter que selon nos hypothèses, la filières CSR, par sa structure de flux, ne fait quasiment pas baisser la quantité de refus. Certes on brûlera chez nous au lieu d’exporter nos incinérables hors de la Métropole. Mais il restera des masses quasiment inchangées à exporter pour enfouissement (refus CSR, excédent combustible CSR, mâchefers, digestats…), en fait davantage qu’actuellement 98 kt au lieu des 80 kt enfouies actuellement.
Dès lors, comment croire aux promesses faites par les tenants de la filière CSR pour Montpellier ?


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