La science jusqu’où et à quel prix ?

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Le Coup de Coeur de BC – Echo Clap 13 : La Science de la post-croissance  »

Timothée Parrique, Système Terre n°6, Actes Sud, 90 p., 12€

Deux parties dans ce livret : d’abord une traduction intégrale d’un article d’une équipe de chercheurs internationaux au titre parlant : Post-croissance : la science du bien-être au sein des limites planétaires ; puis un résumé en cinq chantiers et vingt thèses (en gras) par T. Parrique.

Chantier 1 : la soutenabilité écologique.

Sur 9 limites planétaires, 7 sont déjà dépassées. Or, aucun pays au monde ne parvient aujourd’hui à satisfaire les besoins fondamentaux de sa population tout en respectant un niveau d’usage des ressources soutenable. Pire : les performances écologiques se dégradent plus vite que les indicateurs de qualité de vie (persistance des inégalités sociales). On ne peut faire baisser l’empreinte écologique tout en faisant croître l’économie. La croissance économique n’est jamais complètement découplée de l’utilisation des ressources naturelles et des impacts environnementaux.

S’il est impossible de verdir suffisamment la production et la consommation, il faudra décroître. Décroissance choisie ou effondrement subi, telle est l’alternative. Les dysfonctionnements écologiques ont un impact important sur l’économie : les coûts de l’inaction sont supérieurs à ceux de l’action (6 fois plus au niveau mondial).

Chantier 2 : la qualité de vie.

La croissance économique se heurte aussi à des limites sociales. Au-delà d’un certain niveau de richesse, la croissance n’améliore plus la qualité de vie. (En France, ce niveau de satiété macroéconomique se situerait autour de 30 000€/an/h). Il faut remplacer le PIB par d’autres indicateurs de prospérité et substituer à l’idée d’une croissance linéaire et quantitative une vision plus riche du développement (qualité de l’emploi, services publics, libertés politiques…)

Dans certaines conditions, la croissance peut même dégrader le bien-être. Mais si la croissance n’améliore pas la qualité de vie, son absence, surtout lorsqu’elle est brutale, peut la mettre en péril.

Chantier 3 : la résilience économique.

Depuis plusieurs décennies, la croissance s’essouffle dans tous les pays riches (« stagnation séculaire »). Mais ce ralentissement n’est pas une mauvaise nouvelle, à condition de réorganiser profondément le système économique pour qu’il puisse prospérer sans croissance. Les obstacles socioéconomiques et politiques sont de toute façon secondaires par rapport au risque de rendre la Terre inhabitable. La post-croissance n’est pas compatible avec le capitalisme. (ce n’est pas l’économie actuelle en plus petit)

Chantier 4 : la stabilité politique.

Tant que les partis politiques rivaliseront pour promettre plus de PIB, la décroissance n’adviendra pas ; il faut donc déconstruire l’hégémonie de la croissance dans les discours et les pratiques politiques. La croissance est souvent présentée comme la solution à la pauvreté et aux inégalités et comme la condition de la démocratie. Or la croissance économique tend à accroître les inégalités et les inégalités nuisent à la démocratie. La concentration des richesses entre les mains de quelques-uns fausse la démocratie (Bolloré). La pauvreté n’a pas reculé. Cela remet en cause le mythe du ruissellement.

Décroître seul ? La coordination entre plusieurs pays faciliterait la transition. Mais il est fortement probable que rien ne change sans une mobilisation de masse de la société civile.

Chantier 5 : la justice internationale.

Objectif : maintenir la qualité de vie dans les pays riches tout en permettant aux pays les plus pauvres de l’améliorer.

La croissance bénéficie principalement aux déjà riches sans réussir à éliminer la pauvreté. Sur 100 dollars de croissance du PIB mondial, moins d’un dollar se retrouve dans les poches des personnes considérées comme pauvres.

La croissance des pays riches nécessite une appropriation disproportionnée de ressources humaines et naturelles dans les pays pauvres. Pour chaque dollar d’aide versé au développement, les pays du Nord s’approprieraient environ 80 dollars d’échange inégal.

Ce sont les riches qui polluent le plus et les pauvres qui en subissent le plus les conséquences. Le milliard d’individus les plus riches consomment 72% des ressources mondiales, tandis que les 1,2 milliard les plus pauvres n’en consomment que 1%. Les 50% les plus pauvres supporteront 75% des pertes liées au changement climatique.

Le développement ne se résume pas à la croissance économique. Le modèle occidental, capitaliste, extractiviste, consumériste, ne peut être le modèle universel.


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